Le vaillant petit tailleur d’Eric Chevillard fera partie des textes lus le jeudi 19 novembre lors de la soirée intitulée « Le Roman d’aujourd’hui ». 

 

Entrée dans un monde de contes de fée peu ordinaire… 

Le vaillant petit tailleur d'Eric Chevillard - Festival Livres en Tête

Voici ce que nous dit la quatrième de couverture du livre : « On se croyait quitte de ces sornettes, pour parler franc. L’enfance est derrière nous. Et le conte du vaillant petit tueur de mouches est une vieille histoire. Or voici qu’un écrivain prétend soudain devenir l’auteur conscient et responsable qui fait défaut à celle-ci, enfantée négligemment par l’imagination populaire, soumise à tous les avatars de la tradition orale puis recueillie en ce lamentable état par les frères Grimm au début du XIXe siècle. Il a des ambitions. Il compte bien élever le frêle personnage qui en est le héros au rang de figure mythique. »

 

Vous l’aurez compris, il y a de l’ironie et même de l’ironie socratique dans ce roman. Une connaissance parfaite de ses ennemis est la base à toute bonne connaissance de soi. Mais n’y aurait-il pas un paradoxe dans la nature même de l’ennemi ici désigné ainsi que le suggère Anne Roche ? « Le livre se présente comme un courageux pamphlet destiné à démolir… qui au juste ? » Ne trouverait-on pas également ici auto-dérision et sarcasme ?

Avant d’aller plus loin dans l’analyse, révisons tout d’abord les classiques de notre enfance avec la diégèse du conte: le petit tailleur gagne son honneur en tuant sept mouches d’un coup sur sa tartine de confiture. Il se confectionne une ceinture sur laquelle il marque « Sept d’un coup » et part à l’aventure à la rencontre de son destin. Puis petit à petit, il tue des géants, des sangliers et épouse une jolie princesse !

Voilà en quelques mots le conte que Chevillard nous propose de réexaminer avec lui. Cependant, n’allez pas croire que vous n’allez faire qu’assister à une nouvelle version « modernisée » de l’histoire, certes agrémentée d’incessantes digressions qui se moquent de l’héroïsme du petit tailleur (sa taille devient objet de dérision, de même que son affrontement avec le géant, c’est un être avide de pouvoir qui s’est fixé pour but de régner sur le monde entier). Dans cette réécriture où les règles du conte sont volontairement oblitérées, comme tout lecteur vous serez pris à parti. En effet, vous n’êtes pas sans savoir que c’est ainsi que l’ironie est la plus efficace : « Tout ironiste vise un lecteur prétentieux où il se mire » (Valéry).

Toutefois, Chevillad semble s’occuper bien plus de son statut à lui, l’auteur, que du nôtre, à nous, lecteurs de son livre. Rappelant que les frères Grimm n’ont fait que compiler des récits populaires et les transcrire de la langue orale à la langue écrite (ce qui n’est pas très compliqué pour peu qu’on sache écrire), il veut enfin donner un véritable auteur à ce conte : ce sera lui… Si bien que l’écrivain devient aussi un personnage de l’histoire. Alors auto-dérision ou auto-célébration ? A vous de juger.

Pour découvrir le monde d’Eric Chevillard, je vous propose de jeter un coup d’œil à son blog. Cela vous aidera sans doute à cerner le personnage. Et pour vous mettre l’eau à la bouche, vous pourrez avec ce lien goûter aux premières pages du roman d’Eric Chevillard.

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