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Quand le diable sortit de sa salle de bain, de Sophie Divry. Voici le livre que j’ai pu découvrir, dans le cadre du festival « Livres en Tête ».

Ce texte ? Ecrit par une Sophie à propos d’une Sophie.

Stop. Reformulons. C’est une histoire écrite par Sophie, à propos d’une Sophie qui écrit une histoire.

Raconté à la première personne, il mêle la réalité et la fiction. Sophie raconte son quotidien, mais on ne sait plus à quel moment le récit intervient, ni quand Sophie s’exprime.

L’écrivain, hein, pas le personnage…Vous me suivez ?

Les deux Sophie prennent tour à tour la plume pour nous décrire la morosité et la décrépitude morale dans l’existence d’une chômeuse. La faim, la frustration aussi, d’une nourriture fade réduite à l’extrême nécessité, toujours la même. Elle a de quoi se nourrir, mais rien qui puisse la réjouir. On ressent et on comprend tout l’ennui et la détresse du personnage, pris dans une spirale dépressive, mais sans l’argent pour s’en distraire. Pas moyens de se divertir.  Vous me direz : «  ce sont de bien moindres maux comparés à tout ce qu’il peut arriver de terrible dans la vie d’un adulte ». Certes, mais le talent de Sophie, c’est bien d’il71ODixQHAVLlustrer à quel point une situation apparemment surmontable est en fait la plus dure à dépasser, celle dans laquelle on s’éternise le plus aisément et qui à la longue use toute notre résistance. Une spirale diabolique (petite justification du titre).

La sortie du vendredi soir ? On la savoure à la fin d’une semaine éreintante, par le biais de loisirs que l’on finance. Un(e) chômeur(se), non. Sortir voir ses amis, ou avec ses collègues ? Encore faut-il en avoir, alors que le lien social s’étiole si aisément sans travail. La musique, les concerts…inaccessibles car trop chers.

Et puis la pression. Les factures tombent quand dans le même temps les allocs diminuent. Alors Sophie se débrouille, fait des réserves de nourriture, et se cloître pour résister à la tentation. Va manger chez des amis. Savoure un repas de famille, en partie pour son abondance, surtout pour sa gratuité.

Ce n’est pas pour autant un livre triste. Sophie joue avec les mots, les formes, les personnages, qui parfois interviennent de leur propre chef : en réclamant un rôle prépondérant dans l’histoire, ou en la narrant d’eux même.  D’autres surgissent, inattendus, tel l’irrévérencieux Lorchus, démon lubrique et envahissant. Et ces épisodes sont de petites bulles délirantes, décalées, et pourtant bien intégrées dans la trame.

Qu’ils sont fascinants,  l’esprit sarcastique de la jeune femme, le regard désabusé qu’elle porte sur son quotidien, de même que ses sursauts de volonté qui de temps à autres la reprennent !

Et l’auteur s’amuse. Non seulement dans le fond, mais aussi par la forme ! Quand le texte dessine la parole, le rire nous prend et de même que Lorchus, ne nous lâche plus. Puis le sérieux revient, quand le regard de l’autre, celui qui travaille, se pose sur la chômeuse…

Mais cher lecteur, avant de te spoiler ce roman à déguster, je m’arrête. Empoigne ce diable par les cornes, tu verras , il s’apprivoise et se conserve.

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