Matthieu Aron, invité pour les Plaidoiries imaginaires

Matthieu Aron, invité pour les Plaidoiries imaginaires

Matthieu Aron, directeur de la Rédaction de France Inter depuis mai 2011, a exercé en tant que journaliste reporter pendant plusieurs années ; il a notamment assuré la couverture médiatique de quelques grandes enquêtes, comme le scandale d’Elf ou le procès de Maurice Papon.

Passionné par les grands procès, il a rédigé un ouvrage sur Les grandes plaidoiries des ténors du barreau (Ed. Jacob-Duvernet), et c’est à son talent de connaisseur que Les Livreurs ont fait appel en l’invitant à la soirée « Plaidoiries Imaginaires » du festival, au cours de laquelle il commentera les textes lus et remettra le prix du meilleur plaidoyer au lauréat du Prix shortEdition – Livres en Tête 2013.

Matthieu Aron décrypte les facettes d’un métier aussi palpitant qu’éprouvant, journaliste chargé de la rubrique judiciaire.

Vous avez obtenu une licence d’histoire en plus de votre formation de journaliste mais vous n’avez jamais eu de formation particulière en droit, comment en êtes-vous venu à travailler dans la rubrique judiciaire, qu’est ce qui vous y a attiré ?

Ce qui m’a attiré dans ce milieu… plusieurs choses : l’envie de raconter des histoires. Les procès sont d’abord des extraordinaires histoires humaines et le déroulé du procès ressemble même à une tragédie, il y a un côté très théâtral. C’est une forme de récit qui m’intéressait tout particulièrement.

La deuxième raison, un peu différente, est que le milieu judiciaire permet de réellement faire du journalisme d’investigation, d’agir comme un véritable  enquêteur. Le « journalisme d’enquête » est l’autre partie journalistique qui m’intéressait.

La rubrique judiciaire permet d’explorer ces deux facettes du métier : devenir une sorte d’enquêteur, dans l’ambiance particulière dégagée par les procès, qui permet d’être dans le récit.

Vous avez donc assisté à un grand nombre de plaidoiries, en particulier sur des affaires importantes. Vous est-il déjà arrivé de former un avis à l’inverse de vos convictions de départ suite à une plaidoirie ? Y a-t-il une plaidoirie qui vous a particulièrement marqué de ce point de vue ? Qui vous a particulièrement ébranlé ?   

Changer de point de vue, pas jusque là. Je peux vous parler de l’un des tous premiers procès que j’ai suivi, un procès qui s’est déroulé à Grenoble, où il y avait deux hommes accusés dont un qui clamait son innocence. Au cours du procès, la plaidoirie de son avocat, un des plus grands avocats français, ne m’a pas fait douter mais a contribué à forger mon intime conviction qu’il était fondamentalement innocent ; ce que je ressentais et pensais avant la plaidoirie (l’innocence de l’accusé à cause du doute) cet avocat l’a non seulement renforcé mais l’a démontré et j’ai fini par en être convaincu.

Pensez-vous que pour qu’il y ait grande plaidoirie, il faut qu’il y ait grande cause ou grande affaire ?

Pas nécessairement une grande affaire, tout dépend ce qu’on entend par là. C’est une forme de défense de l’homme en tant qu’homme. Quand il n’y a plus personne pour défendre un accusé, le dernier qui reste est l’avocat. Dès lors qu’il se sent investi, il peut y avoir une grande plaidoirie. Les procès peuvent aussi avoir plusieurs visages : il y a des procès où l’on défend une cause politique ; et des grandes plaidoiries où l’on défend surtout un homme.

Pensez-vous que ce soit le texte ou l’orateur qui soit le plus important dans ce genre de situation ?

C’est vraiment une combinaison des deux. Je pense que ça vient d’abord de l’orateur. Pour que les mots aient un poids, prennent de la force, pour que leur dimension soit dépassée, il faut un orateur qui parle à un groupe mais dont on doit avoir le sentiment qu’il parle à vous personnellement. C’est leur grande force, pour ceux qui y arrivent en tout cas.

Comment garder un sens critique face à une bonne plaidoirie ? L’esprit critique d’un journaliste s’acquière-t-il par l’expérience, au fur et à mesure ?

Le chroniqueur judiciaire garde un esprit critique. Il peut estimer qu’une plaidoirie a été très belle, très forte, sans être pour autant convaincu. Il y a eu une plaidoirie que j’avais trouvée très impressionnante, celle de Touvier, dont l’avocat s’est attaché à défendre l’indéfendable. Mais à un moment donné, le poids des mots s’arrête devant la réalité des faits.

Comment voyez-vous le rôle des médias par rapport au monde judiciaire, quel rôle joue la couverture médiatique d’un procès ?

Elle est assez faible, contrairement à ce que l’on pense habituellement. Quand ce sont des procès qui durent plusieurs jours, les jurés vivent dans une sorte de bulle durant toute la durée du procès, qui les protège de l’extérieur, des médias. Cette bulle fait en sorte qu’il y a très peu d’influence extérieure. Les médias jouent surtout un rôle avant le procès car les jurés peuvent avoir un apriori sur le procès d’après ce que la presse a raconté avant. Sur les grandes affaires criminelles très médiatisées avant le procès, le juré peut arriver avec des idées dans la tête. Mais je pense que, pour se forger une opinion, c’est le procès en lui même qui l’emporte largement dans ce cas.

Vous avez donc suivi de nombreuses affaires pour France Info, avez vous déjà eu des réactions, des critiques sur votre manière de les couvrir, des pressions ?

Des critiques, oui, des pressions, non. Il y a eu un procès qui a suscité des interrogations sur sa légitimité, l’affaire Papon, dont moi j’estime qu’il devait avoir lieu. Ces interrogations avaient instauré une forme de pression globale mais pas de pression directe.

Avez vous déjà assisté aux concours d’éloquence de la Conférence ? Qu’en pensez- vous ?

Oui. La conférence Berryer est un vrai, un pur exercice d’éloquence, où l’on est sur l’exercice vraiment oratoire, qui peut être drôle et cinglant à la fois. La conférence du Stage, c’est autre chose : ils sont trois-quatre à plaider chaque semaine devant un jury composé d’anciens. On est davantage dans la situation où un avocat juge un autre avocat sur sa capacité oratoire mais aussi sur la solidité de sa plaidoirie etc. N’attendez pas de moi que je me livre à une joute oratoire avec les jeunes de la Conférence, je ne m’y risquerai pas !

Découvrez la soirée « Plaidoiries Imaginaires » : l’éloquence et l’art oratoire lors du festivalDécouvrez la soirée « Plaidoiries Imaginaires »
L’éloquence et l’art oratoire lors du festival

 

Envie de réagir ?