Comme chaque année, le festival Livres en Tête se clôturera par son sensuel Bal à la Page, bal littéraire érotique lors duquel nous accueillerons la célèbre marque LELO, leader dans la vente d’accessoires intimes. À cette occasion, Rebecca Pinette, manager France des sextoys  LELO nous a offert une interview exclusive.

Le partenariat avec un événement littéraire est-il une première pour LELO ? Avez-vous déjà investi le domaine du texte érotique par le passé ?

C’est une première oui. Personnellement, oui j’ai déjà investi ce domaine. Mais par contre pour LELO je pense que c’est la première fois. Ce qui est intéressant, c’est que nous discutons depuis au moins un an du fait que nous aimerions bouger dans cette direction. La possibilité d’établir un partenariat avec Livres en Tête est donc survenue au bon moment.

Associer LELO à un événement culturel qu’est le Bal à la Page érotique, est-ce une manière de dissocier définitivement le sextoy et la pornographie ?

J’avoue que ce n’est pas exactement ce que j’avais en  tête. Pour moi, ils sont déjà irrévocablement dissociés, autant que le sexe est dissocié de la pornographie. Évidemment dans le porno on peut utiliser des sextoys, autant que de la lingerie ou de la chantilly (rires). Mais pour moi les sextoys ne font plus partie de cette règle, ils n’ont jamais fait partie de cette règle, c’est plus le royaume des personnes qui veulent passer un moment de plaisir en solo ou avec d’autres personnes. Ce n’était pas du tout notre but. Malheureusement, il est assez difficile de trouver des événements qui ne sont pas directement reliés au sexe, qui veulent faire affaire avec nous. LELO est une marque de sextoys mais c’est aussi une société internationale qui a plus de 600 employés et qui veut faire partie d’autres événements qui ne sont pas nécessairement reliés au sexe. En occurrence, il y a ici ce côté érotique, mais c’était très intéressant pour nous car c’est plus « intellectuel » si on peut dire, un côté qui est plus difficile à atteindre pour une marque comme la nôtre. Il nous est très difficile de trouver des partenaires qui sont dans d’autres domaines.

Étant donné que nous faisons de la littérature à voix haute,  pensez-vous que la voix apporte un potentiel plus érotique au texte coquin ?

Oui, potentiellement ça peut être énorme.

Je pense que les textes érotiques encouragent la lecture collective donc souvent à voix haute. Il ne s’agit pas seulement d’un plaisir solo, on est souvent poussé à les partager avec son conjoint, par exemple, pour donner des idées ou juste des envies. La voix apporte donc véritablement quelque chose car elle permet de transmettre des émotions.

Personnellement, j’adore les récits oraux. Dans ma famille, on lit souvent ensemble donc ça a toujours été très important pour moi. Mais en général, les textes érotiques se partagent particulièrement bien à voix haute car ils se basent également sur le moment dans lequel on les partage.

Interview de LELO, une marque référence des accessoires intimes au festival Livres en Tête

Estimez-vous que les sextoys sont assez représentés dans la littérature actuelle ou qu’ils demeurent encore tabou ?

Ils ne sont pas beaucoup représentés. Ils se font assez rare.

Avez-vous un exemple d’un texte dans lequel un sextoy est mis en jeu ?

Vite comme ça, non. Souvent, les sextoys se retrouvent dans les comédies, rarement dans l’acte. Ils sont tournés au ridicule. Je me rappelle d’un livre que j’avais lu il y a très longtemps qui en mettait un en scène dans laquelle une femme pouvait entendre son vibromasseur à travers les murs (rires) mais je ne parviens pas à me rappeler du titre. Par contre, ils se retrouvent de plus en plus dans le cinéma.

Le texte peut-il se substituer à l’image ?

Tout à fait. Je trouve que pour les femmes c’est plus facile que pour les hommes. Les femmes sont plus portées vers la fantaisie et les histoires de sexe que les hommes. C’est peut-être dû à un apprentissage social, les hommes visionnant plus de porno que les femmes et les femmes s’étant peut-être toujours réfugiées dans leur imagination.

Grâce à l’apparition d’Internet on a vu exploser le nombre de blogs expliquant le sexe et ses subtilités aux novices, vous avez-vous-mêmes un blog sur votre site internet, peut-on dire que les sextoys sont devenus des objets de consommation courants aujourd’hui dans la vie intime des personnes ?

Ça dépend de la définition de courant. C’est de plus en plus commun et acceptable. Moi je vois que le marché explose, on en vend de plus en plus, il y a une réelle croissance. Le nombre de marques de qualité grandit chaque année. Donc pour moi, c’est de plus en plus accepté pour les gens d’acheter un ou plusieurs sextoys.

Un des groupes de personnes qui achètent de plus en plus sont les retraités, par exemple. C’est surprenant et en même temps quand on y pense c’est logique. Ils sont tous en plus ou moins bonne santé et là ils se retrouvent en couple à deux. C’est un moment où ils réapprennent à se faire plaisir au lit.

Interview de LELO, une marque référence des accessoires intimes au festival Livres en TêteSouvent ils viennent dans les boutiques pour regarder d’abord, puis ils reviennent et ils achètent. Les sextoys ajoutent du piment à leur vie sexuelle qui est peut-être un peu fade. Plus on parle de sexualité, plus ça devient acceptable d’en parler, plus ça devient possible d’avouer qu’on aime ou qu’on aime pas, ça devient plus acceptable de dire j’ai ajouté ceci ou cela. Maintenant en plus on mise sur les marques et le gage de qualité, on n’est plus à l’époque où on devait aller dans des boutiques au bord de l’autoroute par exemple (rires).

Vous vendez aussi de la lingerie ?

Oui, mais pas beaucoup en Europe. C’est surtout un projet lancé en Asie. C’est un projet parallèle qui entre nous n’est pas encore au point. La lingerie c’est un boulot à part, il faut vraiment savoir ce qu’on fait.

Le sextoy, acteur ou accessoire des moments tendres ?

Pour moi, c’est plus un accessoire. Je crois que ça peut être un acteur pour quelques personnes tout dépend de l’importance qu’elles lui accordent dans leur vie sexuelle. Mais pour beaucoup de gens, c’est une excuse. Une excuse pour recommencer à se toucher ou à faire l’amour. C’est utile pour relancer une vie sexuelle. Mais je pense que dans un monde idéal, ça ne devrait être qu’un accessoire.

– Propos recueillis par Marine Roullier

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