Katsuni est marraine du Bal à la Page du festival Livres en Tête

Interview exclusive de Katsuni, marraine du Prix Livres en têteL’actrice X et blogueuse Katsuni sera présente le 17 novembre prochain au Bal à la page thème « Libertins » clôturant le festival Livres en tête.

Forte d’une longue carrière dans l’industrie pornographique mais également passionnée des mots (voir son blog sur les Inrocks), elle nous explique aujourd’hui son enthousiasme pour cet événement, et sa passion pour la littérature et l’érotisme.

Pourquoi avoir décidé de participer au festival Livres en tête, et d’être la marraine du concours de nouvelles libertines ?

C’est une joie pour moi de participer à un tel festival, la littérature est mon premier amour ! Avant de choisir le métier d’actrice X j’avais choisi d’étudier les Lettres Modernes. Participer à un tel événement est donc pour moi symbolique, c’est une manière de renouer avec une passion que j’avais délaissée et que j’ai retrouvée dernièrement. Être marraine du concours pour la catégorie « nouvelles libertines » est un très joli clin d’œil qui réunit ma carrière sulfureuse à mon amour de la littérature. Je suis ravie de cette collaboration.

Quel est votre rapport à la littérature ? Avez-vous le temps de lire ? Un genre ou un auteur de prédilection ?

Intime, passionnel, mais inconstant. J’ai pas mal lu jusqu’à mes vingt ans puis j’ai eu un sentiment de saturation et le travail m’a laissée peu de temps mais j’ai repris le goût de lire assez récemment. Romantisme Noir et Décadence, romans et poésie étaient mes périodes et mes genres de prédilection. Aujourd’hui j’aime me pencher sur des essais, en particulier sur la sexualité et la pornographie (qui demeurent des questions centrales pour moi), mais ça ne m’empêche pas de lire des biographies ou les Confessions de sœur Emmanuelle par ex. ou même des contes pour enfants. Je m’intéresse aussi à des ouvrages sur le développement personnel.

Après autant d’années sans tourner les pages je constate mes lacunes littéraires, j’ai tant à lire ! Je viens de découvrir Anais Nin, une révélation. En ce moment je lis Henry Miller, Marc Levy, Paul Coelho, Céline… A suivre, Bataille et Sade et deux ouvrages qu’on m’a recommandés The Other Hollywood, et Anasthasia. En lecture récente je conseille de mon côté Renaissance mythologique de Thomas Jamet.

Que pensez-vous de Bernard Pivot ? Vous réjouissez-vous de le rencontrer ?

C’est une figure emblématique de la langue et de la littérature française ! J’ai beaucoup de respect pour son parcours et ce qu’il incarne. J’ai d’ailleurs beaucoup de plaisir à le suivre sur Twitter, il apporte beaucoup de joie et de sagesse au quotidien. Je suis ravie et honorée de le rencontrer et de présenter le Festival Livres en Tête à ses côtés.

Vous avez écrit sur votre blog une nouvelle érotique (Parenthèse érotique). Pour cela vous êtes vous inspirée de la littérature érotique ? Si oui, d’un auteur en particulier?

Je me suis essayée à écrire une première partie qui est actuellement publiée sur mon blog chez Les Inrocks. J’étais censée ne publier qu’un court texte mais je suis bavarde ! Au final me voici avec deux parties qui représentent une introduction car j’ai une suite en tête et d’ailleurs bien plus intense et sulfureuse. Mon blog est dédié à l’univers du porno, j’y propose des articles, anecdotes, interviews autour du monde du X, de la sexualité mais j’étais curieuse de voir si j’étais capable de raconter une histoire et d’embarquer les gens avec moi. Mon inspiration me vient d’un mélange fait de mon expérience, mes souvenirs, mes fantasmes, d’anecdotes lues ou entendues, des films, bref , tout ce qui peut exciter mon esprit et titiller ma libido. Je n’ai en fait découvert la littérature érotique que cet été avec Anais Nin. Quel délice !

Votre nouvelle parle d’une jeune femme qui n’éprouve du plaisir qu’à travers ses « aventures cérébrales ». Le fantasme, en plus d’être une partie intégrante de votre travail, semble avoir une certaine importance dans votre imaginaire. Quelle place lui accordez-vous véritablement ?

Oui j’en suis encore à parler de son plaisir rêvé puisqu’il s’agit en fait pour moi de dresser un portrait d’un personnage que je vais ensuite confronter à la réalisation de ses fantasmes et à l’acte réel. La psychologie de cette femme, ses désirs, ses tabous, ses envies sont la clé pour comprendre et ressentir ce qu’elle vivra ensuite. C’est ce qui importe pour moi, partager le ressenti, bien plus que simplement raconter une histoire. L’imaginaire c’est notre libido, c’est notre accès à l’infini et à l’impossible. Il est vital pour moi. Ma sexualité est d’ailleurs bien plus riche et raffinée dans mes rêves que dans mon travail ou mon quotidien !

Vous dites éprouver du plaisir à divertir à travers le X ; éprouvez-vous le même contentement avec la littérature érotique ?

J’ai pour l’instant trop peu lu ou écrit pour vraiment pouvoir comparer porno et littérature érotique mais de manière générale, entre le plaisir de transmettre des sensations à travers l’image pornographique ou la nudité (dans mes spectacles érotiques par exemple), et transmettre de l’émotion à travers les mots je dois avouer que toucher par les mots me procure un plaisir nouveau. Sans doute parce qu’il s’agit ici d’atteindre l’esprit, l’intimité plutôt que de juste interpeller les sens. Et être actrice c’est être limitée par des contraintes physiques. C’est pour cette raison que je veux continuer de m’exprimer dans cette voie littéraire. Elle est inépuisable, intemporelle et se transmet beaucoup plus facilement. En tant que lectrice, elle me permet aussi de m’identifier et vivre de nouvelles aventures érotiques ; j’adore ça mais ça me frustre également. Cela me mène à ma nouvelle quête : faire l’amour avec un homme …par les mots et pas seulement par le contact physique. Ce serait une parfaite communion, charnelle, intellectuelle, émotionnelle. Un jour viendra…

Que pensez-vous de l’impact des images par rapport à celui des mots ? Quels points communs ? Quelles différences ?

Dans les deux cas nous pouvons avoir quelque chose de fade ou médiocre comme quelque chose de très beau ou « efficace ». L’un n’est pas supérieur à l’autre selon moi mais il interpelle différemment. Il peut y avoir des mots crus et des images érotiques, et inversement, et il n’y a pas de règle, l’un peut être plus excitant qu’un autre. Ce qui importe est l’art de les utiliser et de savoir quel effet on recherche à un moment donné. Cela nous ramène notre propre intimité, nos tabous, notre histoire personnelle, notre sensibilité. La variété des œuvres et cette possibilité d’avoir autant accès à de la poésie érotique que du porno hardcore (pour citer deux extrêmes) est une bonne chose. Elle répond à une variété, à des envies différentes. Certains seront plus sensibles aux mots qu’à l’image, mais au final tout dépend du contexte et par qui les paroles sont prononcées, ce qui est montré. Un exemple qui me fait sourire : je choque lorsque je dis être une amoureuse des Enluminures médiévales, mais on ne s’étonnera plus d’une vidéo où je me déshabille. La force des mots, de l’image et leur impact, viennent du rapport entre celui qui reçoit l’information et sa propre conception du monde.

L’important est d’affiner cette conception, d’aiguiser ses sens et ses connaissances, et c’est là que la culture mais aussi l’expérience ont un rôle.

Propos recueillis par Judicaëlle Moussier

Envie de réagir ?