Denis Grozdanovitch et Félix Libris, deux noms dans l’Histoire de la littérature

S’il ne fallait retenir que deux noms dans l’Histoire de la littérature, ce serait ceux de Denis Grozdanovitch et de Félix Libris. Le premier écrit, le second lit. Complémentaire me direz-vous ? Pas si sûr. Afin de mieux comprendre qui sont ces deux êtres hors du commun, Denis Grozdanovitch nous en dit un peu plus sur son rapport à la lecture à voix haute, à Félix, aux femmes et à son propre talent.

Tête à tête avec l'auteur Denis Grozdanovitch

Amis des Livreurs, vous avez participé à un atelier de lecture à haute voix. Après le tennis, le squash, le jeu de paume et l’écriture, une nouvelle vocation ?

C’est une question difficile… J’aimerais bien mais il faudrait que j’apprenne à lire… Je ne lis pas très bien, même si je suis obligé de le faire assez souvent car personne d’autre ne le fait quand je suis invité pour présenter mes livres. Du coup, je m’efforce de ne pas bafouiller, de ne pas buter, de ne pas manger les mots, mais j’ai du mal car je suis d’un tempérament émotif… Il faudrait que j’apprenne à me discipliner, à me calmer, car pour bien lire, il faut être assez calme, non ?

Cela dit, j’aimerais savoir mieux lire. Oui, vraiment, j’aimerais beaucoup… Je suis ébloui par les lecteurs, notamment par les Livreurs où il y a beaucoup de lecteurs talentueux, et j’adore aller à leurs lectures !

Je trouve que c’est tout à fait complémentaire de la littérature et je pense que cela devrait se développer beaucoup plus car ça ajoute quelque chose au texte. Comme je le dis souvent, lorsqu’on entend un de ses textes lus par un bon lecteur sonore, on découvre un tas d’intentions inconscientes qu’on y avait mis, comme le sous-entend l’expression « sans le savoir ». On découvre des choses sur ses textes et sur soi-même. C’est quelque chose de merveilleux, c’est mieux qu’une psychanalyse !

Avez-vous eu la chance d’être lu par Félix Libris, star internationale de la lecture à voix haute ?

Oui j’ai eu cette chance et je peux vous dire que c’était pour moi une véritable consécration ! Vous pensez, être lu par une star internationale de la lecture telle que lui ! J’en avais les genoux qui tremblaient… Être lu par Félix Libris c’est quand même le sommet d’une carrière d’écrivain, non ? En plus, il draine à lui une quantité invraisemblable de jolies admiratrices que vous avez ainsi la chance d’approcher. C’est donc un double privilège.

En effet, le succès de Félix Libris auprès des femmes est bien connu. Le jalousez-vous pour son aisance avec celles-ci ?

Ah, oui, évidemment ! Je sais que ce n’est pas un sentiment très noble, mais je suis extrêmement jaloux de Félix, de son aisance avec les femmes, alors que moi je suis toujours piteux, je m’embrouille, je trébuche, je bafouille et je me tord la cheville une fois sur deux quand je marche avec une jolie fille dans la rue… Alors vous voyez… Tout ça est terrible !

Cette aisance merveilleuse de Félix auprès des femmes m’est inaccessible. Chaque fois que j’ai la chance de l’apercevoir, je l’admire mais, hélas, quand j’essaie de l’imiter, ça tombe à plat ! C’est absolument atroce…

Ainsi je ne vous le cache pas, Félix Libris est pour moi une humiliation vivante, permanente… Je suis ébloui par son talent, bien sûr, mais cette aisance, cette désinvolture, ce mépris qu’il a du succès est pour moi quelque chose de très douloureux et qui me renvoie à ma médiocre situation… voilà… je ne peux dire autre chose. Enfin, c’est comme ça. Certains ont des dons naturels et d’autres doivent ramer…

Cette aisance et ce charisme doivent mettre beaucoup de monde mal-à-l’aise, ne pensez-vous pas ?

Ah, ça, oui… vous savez je pense qu’il a beaucoup d’ennemis !

Je n’en suis pas un, le sport m’a appris, même si c’est parfois très difficile, à être fair-play et j’essaie autant que possible (et comprenez que dans ce cas précis ce n’est vraiment pas facile) de reconnaître le talent des autres.

Je le jalouse donc en secret, je ne le lui montrerai jamais… Enfin… Comprenez bien que si je pouvais lui faire un mauvais coup en douce, je ne m’en priverais pas, mais comme généralement on se voit en public et qu’il faut quand même que je fasse bonne figure, je n’en ai jamais l’occasion. Mais je pense qu’il a intérêt à rester sur ses gardes parce que s’il arrive un jour que l’on se retrouve dans un endroit désert et sans témoin, je pense que là, oui… et en agissant ainsi, sachez tout de même que je serai le porte parole de pas mal d’autres mâles…

Nous parlons de Félix depuis tout à l’heure, mais il ne faut pas oublier que, sur l’échelle qualitative humaine, vous êtes juste en-dessous de lui. Vous sentez-vous cependant comme quelqu’un de normal ?

Je ne vous le cache pas, dès mon plus jeune âge, je me suis considéré comme un vrai génie polyvalent. J’avais l’impression que personne ne m’arrivait à la cheville. C’est bien simple, je ne m’abaissais jamais à converser avec ceux dont le QI ne dépassait pas 172, disons qu’à la rigueur, je pouvais rétrograder jusqu’à 167 au cours d’un échange informel sur la pluie et le beau temps… mais pas en dessous ! Quelle horreur ! Aussi, vous pouvez penser le choc que ce fut pour moi de rencontrer Félix Libris qui, avec un QI manifestement très moyen (non ?), parvenait à me surpasser dans presque tous les domaines ! Atroce, insoutenable ! Mon orgueil en a pris un coup, croyez-moi ! Enfin, j’ai fini par me faire une raison et puis, par compensation, j’ai commencé à cultiver certains domaines d’excellence auxquels il ne pouvait avoir accès (du moins pour le moment…) : je collectionne les coquillages du sud-ouest de la côte d’Armor, j’élève des escargots de compétition pour les bookmakers chinois du 13ème arrondissement et je suis devenu champion du Morvan de manille coinchée (alors là, Félix, je te prends quand tu veux !). Cela dit, étant d’un naturel secrètement rancunier (je ne pratique le fair-play qu’en public), il faut qu’il sache qu’il a intérêt à ne pas se retrouver seul avec moi sur un petit sentier de campagne désert et sans témoins, que ce soit autour de Pouques-Lormes ou ailleurs…

Pensez-vous un jour dépasser Félix en le battant sur son propre terrain, celui de la lecture à haute voix ?

Bien entendu, vu qu’il est fort en presque tout et particulièrement dans la lecture sonore, je ne tenterai pas de rivaliser avec lui dans ses domaines d’excellence. Mon seul recours, afin de ne pas être humilié encore plus, est d’en user comme je vais vous dire : aussitôt que je suis seul à la maison et que je sais que personne ne peut m’entendre, je m’applique à massacrer un des textes qui font le succès de Félix, en le lisant de la façon que précisément il nous enseigne dans ses fameux cours de m… à ne pas faire. Au moins là, je me donne la satisfaction de ne pouvoir être rejoint par lui dans le pire… On a les compensations qu’on peut, voyez-vous… Bref vous l’avez compris Félix Libris a toujours été pour moi un problème existentiel majeur.

Mais surtout ne lui en touchez pas un mot, car lui, il croit, ce gros naïf (oui, c’est son seul point faible…) que je suis son ami !

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