Hier, nous vous proposions une critique du roman Sukkwan Island de David Vann, aujourd’hui nous vous offrons l’interview exclusive de l’auteur, qui nous fera l’honneur de participer à la soirée On a lu le film du festival Livres en Tête (28 novembre).

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce roman ?

À l’époque, je n’avais pas conscience de la raison pour laquelle j’écrivais ce livre, mais rétrospectivement je m’aperçois que c’était une sorte de deuxième chance. Mes parents étaient divorcés, je vivais avec ma mère et ma soeur en Californie. Mon père m’avait demandé de revenir en Alaska, vivre avec lui pendant un an. J’ai refusé, et peu de temps après il s’est suicidé, je me suis donc senti extrêmement coupable. Je pensais que si j’avais accepté sa proposition, il serait peut-être toujours en vie ; je me dis maintenant que c’est probablement vrai, même si ça n’aurait sans doute fait que retarder son suicide.

Écrire Sukkwan Island était un moyen d’obtenir une deuxième chance en m’imaginant passer un an aux côtés de mon père.

Pourquoi avez-vous choisi de placer l’action du roman sur une île ?

J’ai écrit une tragédie grecque concentrée autour de deux personnages qui s’aiment mais qui sont sur le point de se détruire parce qu’ils agissent sans se rendre compte de ce qu’il font, leurs actes échappent à tout contrôle. La scène de la tragédie grecque est très restreinte, la plus grande partie du monde en est exclue, et l’île est le lieu parfait pour représenter ça : une scène parfaite avec, tout autour, un paysage naturel comme miroir et aucune issue possible pour les personnages. Les personnages seront soumis à une incroyable pression et assisteront à la révélation d’eux-mêmes.

Qu’est-ce que Jim recherche vraiment en allant sur cette île avec son fils ?

Jim porte en lui un rêve romantique qui lui vient des poètes romantiques britanniques – comme Wordsworth, Coleridge et Blake – et des transcendantalistes américains, Thoreau et Emerson par exemple. C’est un rêve qui fait la promesse que si l’on s’immerge dans la nature, on trouvera la vertu et l’innocence, le meilleur état de notre être. On se verra rajeunis. Les Romantiques pensent que l’Imagination pourrait en fait être reliée à la Nature.

Mais évidemment, dans mes livres, la nature n’est qu’un miroir, un miroir qui amplifie tout ce qui s’y reflète, le bon comme le mauvais, et les personnages sont incapables d’échapper à eux-mêmes.

Comment pourriez-vous définir Jim : un enfant dans un corps d’adulte ? Un lâche ? Un homme paralysé par la peur ?

Comme tout suicidaire, Jim souffre, sa vie se désagrège. Ce n’est ni un lâche ni un héros. Il est incapable d’avoir les idées claires, il se sent comme anéanti. Il attribue la cause de son désespoir à sa deuxième compagne dont il est séparé, il est obsédé par l’idée de se remettre avec elle, et il ne se rend pas compte du poids qu’il fait porter à son fils. Comme toutes les figures de la tragédie grecque et comme la plupart d’entre nous dans la vie, il comprend trop tard.

Le roman va être adapté au cinéma. Est-ce quelqu’un qui vous l’a proposé ou est-ce que c’est un désir de votre part ?

J’espérais bien sûr qu’il serait adapté au cinéma, et j’ai eu beaucoup de chance que Haut et Court à Paris décide de produire le film. Ils font de si beaux films ! Ils ont eu un auteur brillant pour faire le scénario, Ben Hervey, en Angleterre. À l’heure actuelle, nous nous sommes tous les deux rencontrés à plusieurs reprises, et je suis très impressionné par sa vision des choses. Le film sera très différent du livre, et j’ai vraiment hâte de voir le résultat.

Est-ce qu’un autre de vos romans sera adapté au cinéma ?

Un grand producteur en Angleterre vient de décider d’adapter mon dernier roman, Aquarium, qui sera publié en anglais en mars, et j’en suis très heureux. Pour l’instant, je ne peux pas trop entrer dans les détails, mais la maison de production a fait d’excellents films. J’ai aussi co-écrit le scénario de Désolations (Caribou Island) avec mon ami, le réalisateur Bill Guttentag, qui a remporté deux oscars pour ses films. C’était une expérience fabuleuse de collaborer avec lui. Angelica Houston a accepté de jouer Irène, le rôle principal, et nous sommes en ce moment en train de chercher des financements. Un producteur américain a, quant à lui, choisi de travailler sur Impurs (Dirt), il a écrit le scénario et recherche lui aussi des financements. Nous avons également eu des propositions pour mon nouveau roman, Goat Moutain, mais je n’ai pas encore décidé avec qui cela se fera. Donc, au total, cinq films sont en passe d’être adaptés au cinéma.

Propos recueillis et traduits par Audrey Oualid

 

2 Responses

Envie de réagir ?