Jacques-André Bertrand est un auteur prolixe, un amuseur de la langue, de son vocabulaire et de sa syntaxe. La vie lui a donné matière à écrire (Comment j’ai mangé mon estomac) mais les mots et la langue sous sa plume ou son clavier produisent du vivant. Les choses dont il est question dans sa Brève histoire des choses prennent consistance, formes et contours au fur et à mesure de leur lecture.

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La source à laquelle s’abreuve J.A. Bertrand est annoncée dans sa dédicace à Philibert-Joseph Leroux, auteur du Dictionnaire comique et proverbial (1786) : il faut toujours laissé quelque chose au hasard. Et c’est ce chemin qu’emprunte Jacques A. Bertrand en tirant le fil de toutes les pensées, de toutes les idées qui viennent abreuver, enrichir, amplifier la chose élue et étudiée. Ratisser large, très large. Là où nul ne pense sauf Jacques A. Bertrand. C’est parce qu’il ne laisse rien au hasard, qu’il fait feu de tout bois, qu’il exploite tout lien glissé entre les mots et les idées qu’il nous fait vibrer à la lecture de ses brèves histoires. Ce sont de choses dont il question. Et pas seulement d’objets. Le livre s’ouvre sur le parapluie, et dans le domaine des objets on y trouve aussi le chapeau, l’aspirateur, le cadenas, la chaise, la perceuse, le barbecue. Mais on y trouve aussi l’histoire de la parité, la vraie et la fausse paire, le marché de l’animal de compagnie, le fond sonore.Vingt histoires si on considère que les deux brèves histoires de la paire n’en font qu’une. J.-A.Bertrand commence ses histoires par une vérité partagée par tous, une sentence, une parole forte. Il tisse un lien entre sa petite histoire et la grand histoire de l’humanité. « Il n’y a pas si longtemps, tout l’homme était dans la poche » annonce-t-il comme en préambule à l’histoire de la poche (p. 102). Ou encore « Un certain Protagoras prétendait que l’Homme était la mesure de toutes choses. » pour la brève histoire des poids et mesures (p. 93). Il place ainsi ces petites choses dans le quotidien de nos vies en passant par la grande histoire de l’Homme. Oui, tout a une place dans le vaste monde.

COUV Bertrand JA 2015Pour rester sur l’histoire de la poche, J.-A. B. s’intéresse à l’homme qui autrefois s’asseyait sur le bord d’un fossé pour manger sa tranche de pain, rangeait le reste dans sa poche. Et puis, de cette poche de pantalon, J.-A. B. en déplie les mots construits – le vide-poche – puis les expressions – avoir les mains dans les poches – et les différents sens du mot – la poche du kangourou – et ses dérivés – les pochons, les pochettes, les poches de résistance. Jacques A. Bertrand ne laisse rien au hasard tout en lui laissant une grande place. Il le suit, accepte de se faire conduire dans des univers linguistiques, historiques probablement imprévus, mais après être allé du côté des vide-greniers, des sacs à main et des poches révolver, des valises et des poches de l’univers, il ne se perd pas en chemin et nous ramène tranquillement à l’homme.

Cette brève histoire des choses nous ramène à notre histoire, qu’il déroule ainsi du point de vue des objets, des concepts, des notions, des sciences, mettant au même plan la météo et la chaise, le fond-sonore et le rond-point, le barbecue et le paysage.

La proximité de ces choses fait alors sens et dessine le contour de nos vies. La souplesse de la pensée de l’auteur ainsi perçue en perpétuel mouvement, sa recherche des points d’appui pour des incursions dans des mondes parallèles à la chose étudiée apportent une jouissance de lecture incomparable.

Brève histoire des choses / Jacques A. Bertrand. – Julliard. 2015. – 138 p. 16 euros.

Chronique de Guylène Dubois – Décembre 2015.

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