Judith Lurcel a découvert la lecture à haute voix grâce à la Sorbonne Sonore, l’année où cet atelier a été créé à l’Université Paris-Sorbonne. Depuis, elle travaille au sein du collectif Les Livreurs en tant que lectrice professionnelle. Elle nous raconte sa vision de lectrice sonore.

L’école nous apprend à lire, et l’on peut se demander à quoi cela sert d’aller entendre d’autres personnes lire à voix haute des textes auxquels on peut très bien avoir accès tout seul. J’ai trouvé la réponse à cette question dans ma propre expérience des textes.

Lire dans ma tête ne m’a jamais vraiment suffit, je trouvais qu’il manquait quelque chose à ce que je lisais, une épaisseur, du relief. Lorsqu’une phrase ou un paragraphe me plaisait particulièrement j’avais envie de l’entendre il fallait que je le prononce à voix haute.

Malheureusement, si cette approche balbutiante me plaisait, elle n’enchantait que très peu mon entourage lorsque je tentais de leur transmettre mon émotion. Tout le monde en a fait l’expérience au moins une fois : entendre quelqu’un vous lire un de ses passages préféré en commençant par « écoute ! c’est génial ! » est rarement concluant, surtout si le passage est long ! J’ai fini par comprendre la raison de cet échec : sans préparation, on communique seulement le plaisir que l’on a pris à la lecture d’un passage et non les raisons qui nous l’on fait aimer, comme un mauvais comédien qui voudrait nous montrer son amour pour le personnage qu’il incarne et non le personnage lui-même.

Il m’a donc fallu apprendre à lire à voix haute, apprendre à placer ma voix, à m’en servir comme d’un instrument pour interpréter les partitions des auteurs et pouvoir enfin faire entendre ce que les textes ont à dire. Mon travail de lectrice consiste à rendre cet équilibre subtil de la littérature entre le fond et la forme, entre ce que nous raconte un auteur et les jeux rythmiques et sonores qu’il met en place pour y parvenir, entre ce que disent les mots et ce qui est caché à l’intérieur.

La lecture à voix haute a considérablement enrichi mon rapport à la littérature, je suis plus sensible à la dimension sonore d’un texte, aux rythmes. Voilà ce que j’essaie de transmettre lorsque je suis sur scène.

Judith Lurcel

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