En attendant de savourer les multiples friandises littéraires qui agrémenteront le festival Livres en Tête, nous vous proposons un petit avant-goût du bal littéraire érotique « À rougir de lire » avec le célèbre roman « La Lectrice » de Raymond Jean.

« Je ne suis ni infirmière, ni psychothérapeute ni quoi que ce soit de ce genre, mais lectrice, simplement, sans qualification, sans diplôme, sans rien, vous avez bien compris le sens de mon annonce ? »

Marie-Constance G. est une jeune femme littéraire, atypique et légèrement délirante qui se laisse un jour persuader de faire de la lecture à voix haute son nouveau métier, en tant que lectrice à domicile. Cependant elle ne s’attendait pas, en passant une simple annonce dans le journal, à troubler l’ordre publique de sa charmante petite ville : elle déclenche alors « les imprévisibles engrenages de cette activité qui consiste à lire à voix haute ce qui est fait pour le silence. »

Son métier devient un véritable voyage  à la rencontre du genre humain et de l’altérité ; les fameuses appréhensions d’Ulysse pourraient être les siennes : quels humains vais-je rencontrer et avec quelles mœurs ?

« J’ai de plus en plus l’impression de m’être fourrée dans un pot de glue. Forcément. Qui voudrait d’une lectrice à domicile aujourd’hui, sinon des excités, des anormaux et des malades ? »

À chaque client son univers, sa boisson, son auteur et ses lubies : prendre le thé en lisant Maupassant à un jeune handicapé amoureux, le chocolat et Marx chez une vieille aristocrate communiste, en passant par Sade, Alice au pays des merveilles, un PDG et un juge !

L’entreprise est, en effet, audacieuse et non dénuée de risques. L’auteur nous fait ainsi découvrir le caractère intime et sensuel de la lecture, qui établit indéfectiblement une relation étroite entre les mots, le lecteur – ou la lectrice – et l’auditeur, à leurs risques et périls… Le livre ne se suffit pas à lui-même, on ne peut y avoir accès qu’à travers une expérience des sens, les nôtres ou ceux d’un interprète. Il est alors difficile de séparer la voix de la lectrice et celle de la femme, lorsque l’ivresse de la littérature se mêle à l’éros de la chair.

« Je suis assise au milieu des draps, adossée à l’oreiller, je feuillette un des deux livres, j’ai mes lunettes sur le nez […] Il m’interrompt : Ah, votre voix ! Tout vient de votre voix ! Elle me pénètre jusqu’au fond des moelles ! J’en suis tout frissonnant ! »

C’est donc dans une réflexion sur la lecture et la littérature que l’auteur nous entraîne, derrière un ton badin. Le métier de lecteur peut-il être pris au sérieux ? D’ailleurs, est-ce vraiment un métier ? Dans tous les cas, il est certain que le lecteur a une responsabilité car il ne laisse jamais indifférent : il affecte, pour le meilleur ou pour le pire.

« Vous n’êtes pas que « lectrice » tout de même ?… Je le regarde dans les yeux : Mais si, « lectrice. » Il baisse les bras : Bon, alors lisez. »

– Bérénice Bouzagheti

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