Auteure à ce jour d’une dizaine d’œuvres toutes publiées aux Éditions Buchet/Chastel, Marie-Hélène Lafon participera à la soirée Le Rouge et le Blanc du festival Livres en Tête (mercredi 26 novembre) où elle dédicacera son dernier roman intitulé Joseph pour lequel elle est finaliste au Prix Femina 2014.

De longues phrases percées de virgules et de points-virgules, c’est par ce biais que Marie-Hélène Lafon dessine le monde rural de son dernier roman, un monde paysan en voie de disparition. Il émerge par touches successives, comme s’il s’agissait de mieux le faire revivre, de le sauver de l’oubli qui le menace. Joseph, derrière ce prénom se cache un ouvrier agricole qui va s’éteindre avec l’univers qu’il habite. Il a passé sa vie à vadrouiller de ferme en ferme dans le Cantal pour y faire son trou. Il a été et reste encore le spectateur discret des voisins, des habitants des villages environnants, sorte de mémoire vivante des événements qui ont eu lieu autour de lui.

Joseph est également le personnage principal d’une lutte quotidienne, celle que chacun mène pour la vie et contre elle. S’appliquer à vivre dignement et résister à ce qui pourrait nous mettre à terre. Se remettre à exister, vraiment, après s’être effondré.

Marie-Hélène Lafon , invitée au festival Livres en Tête

C’est portés par un tendre regard que nous faisons peu à peu la connaissance de cet homme simple et plein de bonté, un taiseux qui porte en lui les vestiges du temps passé. Il passe ses journées à travailler, comme il l’a fait pendant de nombreuses années, et évolue dans un champ de solitude, loin de sa mère et de son frère, Michel, image possible de la réussite qui met en évidence le vide entourant Joseph. Pas de famille, pas d’ami, mais des souvenirs qui s’entrechoquent pour composer une biographie en pointillé. Le livre concentre ses habitudes, les rituels qui se sont mis en place tacitement dans la maison des patrons, un amour malheureux, les dangers qui provoquent parfois des carambolages humains, l’écoulement insidieux des jours… des éléments bien ordinaires qui constituent toutefois l’essentiel d’une existence.

Le roman ne cherche pas à introduire de l’extraordinaire dans le quotidien, bien au contraire, il s’attache à faire le récit et l’éloge de l’ordinaire. Joseph est un échantillon de vie avec son lot de joies et de déboires. Il est le représentant de valeurs en péril et d’une humanité qui s’efface pour laisser place à une autre manière d’être et d’agir. 

L’histoire de ce personnage se ramifie, elle donne lieu à des portraits et à de courts récits liés à des individus que Joseph a connus. Cela nous rappelle que l’existence est un roman, une épopée, que l’insignifiant se raconte, que la splendeur peut se cacher dans d’infimes parcelles de vie. Marie-Hélène Lafon cherche non pas à ennoblir le monde rural, mais à en révéler délicatement toute la puissance et la beauté. La simplicité de cet univers est le support d’une écriture ciselée qui parvient à rendre compte de sa spécificité, de son charme, de son ambiance si particulière qui l’on connaît tous de près ou de loin.

– Audrey Oualid

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