Vous ne connaissez pas Jean-Louis Fournier ?La_Noiraude

Mais si, voyons, vous le connaissez ! Seulement, vous ne le savez pas…

À la télévision, dans L’île aux enfants, vous avez peut-être vu La Noiraude. Vache hypocondriaque aux longs cils, La Noiraude téléphone au vétérinaire à tout bout de champ (de marguerites) pour se plaindre de sa queue qui ne sert qu’à chasser les mouches derrière
elle, mais pas celles qui sont devant. La Noiraude, c’est lui !

monsieur cyclomèdeEn 1982 apparaît dans le poste un monsieur en costume arborant une énorme fleur rouge à la boutonnière : Monsieur Cyclopède prend quelques minute[s] nécessaire[s] pour nous apprendre à maîtriser un escargot forcené, ou nous expliquer que la Vénus de Milo – sans bras – est fâchée avec le Petit Prince depuis son fameux « S’il te plaît, dessine-moi un mouton ».

Jean-Louis Fournier, à la réalisation, met son grain de sel dans les rouages du cyclopède et Pierre Desproges, à l’écran, donne vie à ce personnage « étonnant ».

Entre Pierre, l’obsédé textuel, et Jean-Louis, le bougon picard, c’est une rencontre décisive, à la scène comme à la ville, et le début d’une grande et belle amitié…

À la fin des années 90, Jean-Louis Fournier est aux manettes du Je vais t’apprendre la politesse, adaptation télévisuelle de son manuel presque éponyme (un « p’tit con » ponctue gaîment le titre du livre), portée à l’écran par la délicieuse Catherine Frot.

Ajoutons à cela Antivol, l’oiseau qui avait le vertige, voilà pour le volet « petit écran » du Jean-Louis Fournier réalisateur.

Vous ne regardiez pas la télévision ? Alors peut-être avez-vous eu l’heur de lire ses livres.

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Des ouvrages pédagogiques, d’abord, pour apprendre la Grammaire française (de façon juste, mais beaucoup plus drôle qu’avec le Bescherelle), l’Arithmétique ou les Sciences naturelles de façon « appliquée » mais « impertinente ».

Des manuels pour les parents ensuite, pour Mouch[er] nos morveux ou Apprendre la politesse à ces p’tits cons

Roulez jeunesse, un guide de bonne conduite à l’usage des conducteurs, un autre guide pour ne pas confondre Les mots des riches [avec] les mots des pauvres, à la façon d’une leçon de bonnes manières prodiguée par Nadine de Rothschild. Mais avec l’humour en plus.

Au-delà de ces ouvrages facétieux qui ont souvent l’apparence de « bonnes blagues », Jean-Louis Fournier écrit aussi des choses plus personnelles, plus profondes, plus touchantes, qui parlent de lui mais qui parlent à tous.

Lire ses récits, c’est un peu comme écouter la chanson de Michel Jonasz : « On allait au bord de la mer, avec [s]on père, [ses enfants], [s]a mère … », mais en moins guimauve, moins sirupeux. Quand il évoque son enfance, sa famille, on est plus proche de l’amertume d’une citronnade que d’une Couleur menthe à l’eau ou d’un Cœur grenadine.

En plus, il n’est pas certain qu’il apprécie cette comparaison avec la chanson de variétés, lui qui aime tant la musique classique. D’ailleurs, Jean-Louis Fournier souffre-t-il la comparaison ? Lui qui a écrit Le petit Meaulnes pour ne plus décevoir les lecteurs qui  lui demandaient s’il était bien l’auteur du Grand Meaulnes.

Être drôle même quand il parle de choses tristes, c’est son credo. Traiter le drame sans pathos, la profondeur sans lourdeur, la gravité à la légère…

où on va papa

Plus que d’autres, pourtant, il aurait bien des raisons de pleurer, de se lamenter. Mais c’est plus fort que lui, il se rit de tout : de ses drames familiaux (entre Il a jamais tué personne mon papa et Où on va, papa ?, il sait de quoi il parle) ; de la vieillesse, dans Mon dernier cheveu noir ; de sa mère qui lui manque, dans Ma mère du Nord ; de la perte et de l’absence de l’être aimé, dans Veuf.

Prenant le relais de son ami Desproges, Jean-Louis Fournier se rit de la mort. Pour preuve cette phrase, citée à plusieurs reprises dans ses ouvrages :

«       Mon arrière-grand-père est mort, mon grand-père est mort, mon père est mort, je crains que ce ne soit héréditaire.       »

Avec lui, l’expression « fini de rire ! » est inconcevable.

Tant mieux. On n’a jamais Trop de Jean-Louis Fournier.

N.D.A. : tous les mots en italique gras sont les titres d’émissions et d’ouvrages de Jean-Louis Fournier.

Retrouvez Jean-Louis Fournier au Bal à la Page le samedi 28 novembre!

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