Une fois de plus, le concours de nouvelles Short Edition – Livres en Tête fut un immense succès : en effet, nous avons cette année enregistré pas moins de 400 participations et nous vous en remercions ! Sans plus attendre, nous vous laissons savourer les nouvelles des lauréats !

Pour la catégorie Savants Fous

Notre gagnante est Véronique Copetti pour sa nouvelle Big Gang !

« Je me fais chier… Je me fais chier… »
Dieu s’emmerdait ferme.
« Immortalité. » prononça-t-il d’une voix distraite. Il jouait au pendu avec Brahma. Le dieu hindou secoua ses quatre têtes d’étonnement.
— Comment as-tu fait pour trouver aussi vite ? Tu n’as même pas proposé une lettre !
Dieu soupira.
Immortalité. Dieu. Éternité… Il n’existait pas tant de mots.
Avec son bâton, il traça dix traits sur le sol poussiéreux. Encore ensommeillé, Odin s’approcha. Le dieu borgne faisait une sieste chaque après-midi.
— C, proposa-t-il en s’étirant.
Dieu dessina le pied de la potence.
Il ne fallut que quelques minutes pour que Brahma, Odin et Dieu s’engueulent.
— Automobile, ça n’existe pas !
— Tu n’as pas le droit d’inventer des mots !
— Rhô… ça fait des milliards d’années qu’on joue avec les mêmes ! On pourrait varier !
— Sale tricheur !
De rage, Dieu cassa son bâton et hurla :
— Ordinateur ! Pluviomètre ! Bigorneau ! Joint-venture !
— Tricheur ! Tricheur ! criaient Brahma et Odin.
Dieu n’arrivait plus à s’arrêter. Les mots nouveaux coulaient de sa bouche comme l’hydromel de la jarre :
— Bravitude ! Narguilé ! Bachibouzouk !
Les poings serrés, Dieu s’éloigna puis sa fureur se calma et l’ennui revint.
Il se retourna. Odin faisait une autre sieste, Brahma tricotait et Zeus se curait le nez.
Soudain il eut une illumination.
— Eh les gars, si on créait un Monde ?
— Mmmmm ?
— Un quoi ?
— Ça se mange ?
— Un monde ! Un truc avec des montagnes, des arbres, de l’eau…
Pour une fois, les trois autres dieux comprenaient les mots qu’il prononçait.
— Et ça aurait quelle forme ?
— Ça serait plat comme une pizza, répondit Dieu qui était un grand amateur de cuisine italienne.
— Sphérique, riposta Odin rancunier.
— Plat !
— Sphérique ! hurla Odin en abattant sa lance sur la tête de Dieu.
Zeus fut obligé de les séparer.
— Le monde sera plat 4,5 milliards d’années puis sphérique les 4,5 milliards d’années suivantes, trancha-t-il.
— Copernic… murmura Dieu avant de mettre la main devant sa bouche.
— Tricheur, ricana Odin.
Brahma réfléchissait.
— Faudrait y mettre des créatures pour que ça soit un peu animé…
— Ça pourrait ressembler à quoi ?
— Ben… à moi ! dit Dieu. J’ai eu l’idée en premier.
— On les appellerait des hommes.
— Faudrait les faire mourir, ça serait plus distrayant.
— La peste !
— Le choléra !
— La guerre !
— La bombe atomique !
— La femme !
— Les impôts !
— Le burn-out !
— Les brocolis !
Dieu jubilait.
Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas amusé ainsi, comme un petit fou.

Pour la catégorie On a lu le film

Notre gagnant est Vincent Dumonceau pour sa nouvelle Chef d’oeuvre médical !

Le médecin prononça mon nom. Claudiquant depuis la salle d’attente, je mis du temps pour parvenir jusqu’à lui, ce qui l’exaspéra.
– Allez ! On se dépêche, j’ai pas que ça à faire. Vous êtes là pour… ?
– Euh… Radio du genou…, dis-je tout bas.
– Quoi ? On ne vous entend pas. Plus fort. Dos redressé. Poitrine gonflée. Tête relevée. On recommence.
– JE VIENS POUR UNE RADIO DU GENOU, répétai-je d’un ton plus affirmé.
– Très bien. Vous avez déjà eu une expérience dans ce domaine ?
– Oui, quelques bleus après des chutes. Mais rien de bien méchant.
– Je vois, marmotta-t-il avec détachement.
Il m’intima de me disposer sur la machine afin de tirer un cliché radiographique. Puis, je le vis froncer les sourcils, exprimant par sa mimique un profond mécontentement :
– Vous avez mal, n’est-ce pas ? m’interrogea-t-il.
– Oui, j’ai très mal, lui renvoyai-je, surpris.
– Eh bien ! Je suis désolé, mais on ne le voit pas.
– Sur la radio ? demandai-je.
– Non ! Là, dans votre mise en scène, dans l’expression que vous donnez de votre souffrance. Je vais même vous dire : on n’y croit pas une seconde.
– Mais, j’ai vraiment très mal ! Croyez-moi ! implorai-je.
– Dans ce cas, montrez-le-moi. Exprimez votre souffrance avec toute la justesse et l’acuité dont vous êtes capable.
Alors, pour passer cet examen, irrité par cette vexation, je me mis à hurler, me tordant dans tous les sens pour prouver ma bonne foi.
– Très bien ça ! s’exclama-t-il, satisfait, immortalisant la prestation.
Poussé par ces encouragements, je fus gagné par la griserie du jeu :
– On recommence. Je peux mieux faire.
Le radiologue, conquis, afficha un large sourire.
– Action ! cria-t-il, en appuyant sur sa machine.
Là, je donnai tout : sanglots et nez qui coule. Je voulus aussi apparaître sous le jour d’une souffrance en introspection. Ainsi improvisai-je un texte :
– Pourquoi ?… Pourquoi ?… déclamai-je en levant les yeux au plafond.
Mon numéro terminé, j’entendis retentir des applaudissements. La figure du médecin était inondée de larmes.
– C’était parfait ! La radio indique que vous avez une rupture des ligaments croisés. J’ai une IRM à 16h15, mais le patient est dénué de talent. Vous seriez disponible ?
J’acceptai sa proposition. Plus tard, nous donnions des représentations dans tous les congrès de médecine. De scanners en coloscopies, de mammographies en échographies, nous sublimions à l’imagerie médicale l’art dramatique des sentiments. Et nous recevions deux Césars pour « Radioscopie d’une déception amoureuse ».

Pour la catégorie À rougir de lire

Notre gagnant est Anthony Degois pour sa nouvelle Le jeu de l’amour et du falzar !

Ils se sont rencontrés quelques heures auparavant à peine. Istanbul leur réserve décidément plus d’une surprise. Par derrière l’hôtel, on voit se dresser les tours du palais de Topkapi. Peu leur importe le point de vue. Le velours de leur peau les emplit tout entier. Leur corps trépigne d’impatience.
Il la renverse sur la table, prend la culotte sur le sol, passe chaque pied dans les ouvertures et remonte le sous-vêtement langoureusement le long des cuisses jusqu’au sexe. Tout émoustillée, elle ne veut pas être en reste et lui enfile, en frôlant sa peau, un caleçon ou bien un boxer, dans l’excitation, elle ne peut faire la différence. Elle lui reboutonne sa chemise sauvagement avec la bouche, bouton par bouton. Elle arrange le col, bute sur l’étiquette qu’elle renverse comme une furie à l’intérieur de la chemise. Lui, lui ajuste avec plaisir les bretelles de son caraco. Itinérant entre ses jambes, il déroule ses collants d’une main voluptueuse qu’il glisse ensuite dans le creux de ses manches pour lui enfiler sa veste en cuir. Elle frémit, il sent son corps s’endurcir. De leurs fluides mêlés, on pourrait faire un seau d’eau. Minuit déjà !
Prise dans la spirale du désir, la femme lui caresse les bras de chemise. Ils sont doux mais elle leur préfère la virilité rugueuse et rêche de la toile de jute du pantalon que ses doigts longent tout en en revêtant l’homme. Enflammé par ce corps qu’il habille, et parce qu’il sent le sol qui se dérobe, il opte plutôt pour un short moulant. Il ne peut s’empêcher de dire en lui remettant l’habit : « Te voilà encore plus excitante ! » L’homme enfonce alors un doigt dans l’étroite fente d’une poche cherchant ainsi à exercer une pression délicate sur son bouton rose. En un éclair, il lui ferme la braguette. Pénétrée de cette louable intention, elle s’empare vertement de la ceinture rude et raide qu’elle introduit d’une main experte dans chaque patte du pantalon entamant ainsi un va-et-vient sensuel. Au comble de l’excitation, elle veut maintenant lui donner le plaisir de faire son nœud de cravate. Plutôt que de frotter leurs pores, ils préfèrent frotter leur tissu. Jamais ils n’ont pris un pied tel que lorsque chacun chausse son partenaire. C’est l’extase !
On tape à la porte. Huit heures, c’est le petit-déj. Aculés par l’homme derrière la porte, ils se déshabillent et vont ouvrir.
Une heure après, c’est main dans la main et à nouveau nus qu’ils gagnent la plage naturiste sur laquelle ils se sont rencontrés la veille.

BRAVO À TOUS !

Une réponse

  1. jean-françois joubert

    Paris, livre en tête spectacle fabuleux, mon texte non lu mais que de belles voix qui portent haut le verbe, merci à vous les livreurs pour ce moment hors du temps mais pas hors sujet, verbe, et compliment, je reviendrais si un jury le juge ! Un petit Zef perdu dans la C Capital mais qui rêve d’entendre ses mots lus, car émotions et rire aux éclats !

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