Courir tend les muscles, crispe le visage, accélère le souffle. Fait battre le cœur plus vite. Pendant une fraction de seconde, on réalise que sous cette épaisse cage thoracique, un muscle réside. D’habitude, il se fait presque oublier. C’est vrai qu’on ne l’entend pas… Le livre de Cécile Coulon, Le Coeur du Pélican,  redonne sa place au cœur.

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« Newton avait sa pomme. Moi, j’ai la vitesse. »

Anthime, autrefois jeune Pélican audacieux aux foulées magiques, transportant la foule extatique du stade vers un autre monde, n’entend aujourd’hui plus son cœur battre. Certes, il y a eu la chute qui a marqué la fin de ses brèves envolées, et avec ça, la fin de Béatrice, son amour d’adolescence jamais consommé ; mais la chute n’a pas été mortelle et il a bien fallu continuer à vivre. Il y a ensuite eu le mariage avec le second choix, sa terne voisine d’en face. La rigidité de leur vie empêche le déploiement des ailes du majestueux Pélican. Il n’entend plus son cœur battre parce qu’il a vieilli, oui, mais surtout parce qu’il a perdu tout espoir et toute envie.

« Tu as tout recouvert de graisse, ça protège ton cœur, ça lui évite d’avoir mal, les mots rebondissent contre les bourrelets. Dans quelques temps, tu auras plus de poitrine que ta femme. Continue mon gars, continue comme ça. Protège toi. »

Et pourtant, Anthime, un beau jour, se réveille. Le Pélican qui est enfoui très profondément en lui bat doucement des ailes. C’est au début l’histoire de la vie d’un homme, ses espoirs et ses désillusions. Le récit d’un rêve qui se brise. Une histoire d’amour ambiguë entre un frère et sa sœur. Ça devient subitement l’histoire d’une deuxième chance, d’une seconde naissance. Alors oui, courir a ramené le pélican à la vie : il entreprend de traverser le pays.

« Le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu. »

Sans doute Cécile Coulon est-elle jeune ; assurément elle trouve les mots justes pour dépeindre l’amour et la colère. Son récit nous transporte dans un monde ordinaire et malgré tout inaccessible, comme perdu dans une contrée lointaine. Poétique et sensible en toute modération ( « Elle m’aurait aimé, au lieu d’aimer que je lui appartienne » ), son langage berce et brusque ( « Le pire, c’est qu’elle ne souffre pas de ce qu’elle sait, mais de ce qu’elle imagine » ).

Lorsque la jeune romancière de 25 ans s’exprime sur son livre, elle dit : « ça faisait longtemps que j’avais envie de parler de sport. En élaborant ce personnage, je me suis rendu compte que le sport cristallisait des frustrations, des fantasmes, des rêves. ».

Cécile fait si bien réfléchir et rêver qu’en quelques battements d’ailes, malgré des descriptions redondantes qui ralentissent considérablement le dernier chapitre, il faut le dire, le livre est fini.

« Béatrice l’aimait comme quelqu’un qui nous protège ou qui protège quelqu’un qu’on aime. ».

Tout n’est-il pas dit ?

Retrouvez Cécile Coulon en personne le jeudi 26 novembre 2015, où vous pourrez parler sport tout en savourant de grands crus.

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