Le Bal à la Page, par Inès Daléry

Libertin… Mot né sous le signe de la liberté. Après l’esclave affranchi dans la Rome antique, le libre penseur du XVIIème siècle, le libertin, au XVIIIème siècle, s’abandonne aux jeux érotiques n’acceptant qu’une règle : le refus de toute limite.

Le jeu libertin est une initiation et le sexe, a une fonction de connaissance. Elles se nomment, Cécile de Volanges, Laure ou Fanchette  et nous sommes invités  à assister, en voyeurs, à leur éducation érotique.

Dans la tradition des nonnes et moines paillards, les représentants de l’église ne sont jamais loin. Le couvent-pensionnat favorise l’excitation des sens, les effets échauffants d’une imagination exaltée dans la retraite et l’oisiveté. Le directeur de conscience se fait mentor libidineux ; tel, dans Thérèse philosophe, le père Dirrag, Tartuffe qui conseille à sa pénitente  de couvrir ses seins avec son mouchoir mais qui sous prétexte de lui montrer jusqu’où la bonté divine peut bien s’étendre, lui apprend à voir les anges avec ce qu’il nomme son cordon de Saint François !

La révolution a été faite par les voluptueux. La formule est de Baudelaire, dans une préface aux Liaisons Dangereuses. Si le jeu érotique est aussi rapport de pouvoir, des femmes veulent jouer pleinement la partie. Dans une société dominée par les hommes, la ruse devient arme. Rétif de la Bretonne ne s’y est pas trompé qui dans De la ruse des femmes, brosse huit portraits de femmes « soucieuses de conserver leur indépendance ou leur liberté dans un monde régi par les lois masculines ». Je suis mon ouvrage, affirme fièrement madame de Merteuil révélant à Valmont l’ascèse de la duplicité, qu’elle a  pratiquée depuis l’adolescence, pour devenir maîtresse  en libertinage.

Le sexe, au-delà du bien et du mal, est une manifestation de la Nature, seul moteur du monde. Il participe des Lumières : On baise mais on disserte aussi, comme dans la Philosophie dans le boudoir de Sade ou Thérèse philosophe du marquis d’Argens.

Plaisir des corps, plaisir du langage : dire, décrire, et même, comme Diderot, faire parler les bijoux des femmes ! Célébrer une partie du corps, substitut du sexe : c’est le pied de Fanchette chez Restif de la Bretonne (que l’on songe aux tableaux de Boucher ou de Fragonard !), ce sont les seins chez le vénitien Zorzi  Baffo qui conclut un poème par : A bons tétons, bon cul !

Fête des corps, fête des mots et de la voix, sans oublier la danse, tel sera le « Bal à la page », soirée de clôture du festival Livres en tête, le 17 Novembre au Réfectoire des Cordeliers.

Inès Daléry

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