Lydie Salvayre, lauréate du prix Goncourt 2014 pour son roman Pas Pleurer aux éditions du Seuil, nous livre un témoignage poignant et authentique, celui de sa mère. On est face à un roman qui se construit à partir de petits évènements sans grande importance aux yeux de l’Histoire et où s’est constituée l’histoire de toute une vie, celle de la mère.

C’est un récit de la mémoire, une mémoire pourtant presque perdue à cause de la maladie d’Alzheimer. Le tout s’écrit et se lit à plusieurs. Deux voix prédominantes qui assurent la trame narrative; celle de la narratrice et celle de sa mère. Chacune, à tour de rôle parle en son nom, avec sa propre langue et ses propres émotions. Surgissent par ailleurs les autres voix et paroles, rapportées au lecteur tantôt directement, tantôt indirectement. Une polyphonie qui rend audibles les multiples cris de l’été 36 en Espagne.

L’on n’arrive pas à cerner où se situe la narratrice; écoutant le récit de sa mère, devenue presque lectrice, elle nous confie avec exactitude les faits, idées et pensées tels que son témoin les lui rapporte.

Un autre témoin fait surgir une autre voix, opposée à celle de la mère ; il s’agit de l’auteur Bernanos dont les idées et positions nous sont transmises au fil du texte et à mesure que la guerre gagne du terrain.

Lydie Salvayre propose une écriture de la pluralité. La pluralité des voix, mais également celle des opinions. Deux mondes foncièrement opposés et qui s’entretuent.

D’un côté, les fervents catholiques républicains attachés à leur stabilité, bien que modeste. De l’autre, les jeunes séduits et enthousiasmés par de nouvelles valeurs et l’espoir d’un monde meilleur. Des jeunes qui refusent la « Sainte Espagne ».

Lydie Salvayre invitée au Bal à la Page des Livreurs

Lydie Salvayre fait partie des invités du Bal à la Page de la Saint-Valentin

L’écriture du roman a souvent recours à l’alternance de codes linguistiques qui assurent une fois de plus l’authenticité du récit. Les hispanismes, assez récurrents, viennent surtout appuyer les émotions, qu’il s’agisse de colère ou d’amour, d’injures ou de prières. Le roman se constitue à partir d’une mémoire personnelle et très sélective, celle de la mère qui n’a gardé que les moments de grâce où les ambitions révolutionnaires ont tout métamorphosé dès ses quinze ans. Une mémoire qui par ses idées rejoint celles des autres « mauvais pauvres » qui se sont soulevés contre les nationalistes.

Ce flashback de l’été 36, bien qu’ayant abouti à une illusion anti-révolutionnaire, constitue, au présent, un témoignage clé sur une période tue de l’Histoire.

Une période dont parlent à titre d’exemples le documentaire français Mourir à Madrid de Frédéric Rossif (1963) et Land and freedom, film britannique de Ken Loach (1995).

Vous aurez la chance de rencontrer et écouter Lydie Salvayre lors de notre Bal à la Page de la Saint-Valentin : Je voudrais te lire que je t’aime. Pour découvrir l’intégralité du programme et la liste des auteurs invités, rendez-vous sur le programme des Livreurs.

Article de Cyrine Fekih

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