Dans Le rouge et le blanc, de Jean-Marie Laclavetine, il y a un peu de rouge(s) et pas mal de blanc(s). Mais on y trouve surtout du noir. De la noirceur, plus précisément. Celle des hommes.
Dans ce recueil de nouvelles, presque toutes plantées au cœur (ou en périphérie) de la région bordelaise, les humains y sont plus tordus que les ceps de vigne.

Lâches compromissions, bêtise crasse, sourdes rancunes, cruauté mesquine, ambitions sournoises, fieffés mensonges, tout ce que l’âme humaine recèle de plus vil semble s’être donné rendez-vous dans ces histoires.
Les personnages, versés dans la consommation – ou l’abus – de vins (de Bordeaux, de Bourgogne, et d’ailleurs), distillent tour à tour leurs maux sortis de la boîte de Pandore.
Face à eux, les bouteilles de vin, droites et stoïques, semblent ériger un rempart contre la bassesse humaine.

divebouteilleComme l’écrit Rabelais dans son Cinquième livre, la « Dive bouteille » exclut le mensonge et la tromperie, et détient la vérité.
« (…) En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flans reclose,
Baccus qui fut d’Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vint ant divin loin de toy est forclose
Toute mensonge, & toute tromperie (…) ».

Pourtant, si cet apanage humain de mensonge et de tromperie habille de noir Le rouge et le blanc, une lumière éclaire, malgré tout, les récits : dans l’éclat d’une rivière, les reflets d’or d’un Loupiac, le scintillement de la neige, les stucs et les dorures d’un théâtre…

On ressort du livre un peu étourdi, éprouvant à la fois l’envie de mieux connaître certains cépages (Ah, savoir parler de la robe, des parfums du vin !), la certitude qu’il ne faut pas perdre son tire-bouchon, mais surtout… surtout ! le désir irrépressible de tremper ses lèvres dans un verre de Jurançon, de Gaillac, d’Aloxe-Corton et, pourquoi pas, de vin du Kurdistan à la violette ?

Retrouvez Jean-Marie Laclavetine pour une dédicace le dimanche 14 février au Bal à la Page de la Saint-Valentin !

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