Éric Chevillard, un auteur pas aimable

Voyez-vous, cher lecteur de ces lignes, si vous n’avez encore jamais lu un livre d’Éric Chevillard, il n’y a, en apparence, aucune raison valable pour que vous tourniez un jour une de ses pages. (Parions pourtant que la situation changera à la fin de ce billet).

Notre écrivain est ce vilain critique du Monde des livres où, chaque semaine, sa chronique Le Feuilleton casse du sucre sur le dos des pauvres écrivains qui font de leur mieux pour aider leurs éditeurs respectifs à vider le stock des livres, mais, avouons-le, s’appliquent parfois moins quant à l’écriture de ces derniers. Puis, Chevillard publie beaucoup, et chez Minuit de surcroît. Or, Minuit, c’est compliqué et ça manque de fantaisie. Il suffit de regarder la couverture : toujours la même sans couleur ni la moindre photo alléchante. En plus, il paraît que ce ne sont pas des romans, pas des « vrais romans ». Ni des nouvelles. Ni de la poésie. En fait, on ne sait pas très bien ce qu’il écrit ni pourquoi autant. Car, il y aussi le blog, L’Autofictif, un exercice journalier qui nous impose assiduité et fidélité hors norme. Sans parler de ses absences dans les médias, les colloques… refuser La Grande librairie de François Busnel, et cela par les temps qui courent ?! Non mais oh. On vous l’a dit : Chevillard n’est pas aimable. Il nous maltraite. Nous qui n’avons rien demandé, nous sommes bien au chaud avec notre livre de cuisine, ou sans livre du tout, c’est encore plus reposant.

Mais peut-être que non.

Parce que si vous êtes toujours en train de lire ces lignes, c’est que vous avez une envie irrésistible de lire du Chevillard et de venir le rencontrer le 14 février à l’occasion de notre Bal à la Page de la Saint-Valentin. Vous n’arrivez pas encore à saisir très bien pourquoi, mais on va vous y aider. Reprenons alors point par point.

Éric Chevillard est critique littéraire du Monde. Mais, c’est comment la critique littéraire actuelle ? À cheval entre des démarches confuses trop conceptuelles, à mi-chemin entre mode et copinage, sujette aux impératifs faciles de l’époque, la critique littéraire se résume trop souvent en une énumération d’adjectifs qui décrivent non pas l’œuvre mais son auteur, au mieux l’intrigue. Certains en deviennent fumeux, ennuyeux et complaisants, d’autres, plus proche de la matière, c’est-à-dire de la langue, réussissent à confronter leurs interrogations sur la littérature avec des livres concrets, avec l’actualité littéraire et leur style pour que leur jugement sonne juste.

C’est le cas de Chevillard, maniaque de la langue, du décalage et de la digression dont l’œuvre hybride se révèle d’une étonnante liberté. Là, les clichés volent en éclat et se recombinent en un tableau neuf, un monde nouveau, souvent en déséquilibre, car la parfaite symétrie, ça ne tient plus debout.

Et donc, fuyant Le Désordre Azerty, ne supportant plus les Absences du capitaine Cook, on aimerait Choir pour mieux rebondir Au plafond, entouré de La nébuleuse du Crabe, en compagnie du Vaillant Petit Tailleur et du Démarcheur, mais Sans l’orang-outan, qui nous aideraient à définitivement Démolir Nizard et retourner en Préhistoire. Inutile de préciser que tous ces titres, apposés sur la sobre couverture Minuit, promettent des aventures lointaines, des personnages étranges, de l’humour noir et des tragédies à mourir de rire.

« Il n’y a pas d’histoire dans les livres de Chevillard et le lecteur ne peut s’accrocher à rien », disent certains. Eh non, il n’y a pas une histoire chez Chevillard, il y en a plein, il n’y a que ça d’ailleurs, des histoires : des drôles, des tristes, des longues, des courtes, des absurdes, des mordantes… Alors, décrochons-nous de la réalité linéaire et osons ce zigzag littéraire.

Le site d’Éric Chevillard (qui ne vous permettra pas de mieux connaître sa personne, mais son œuvre, si ) : http://www.eric-chevillard.net

Bibliographie :

  • Trois phrases d’Éric Chevillard par jour : http://l-autofictif.over-blog.com, à relire ensuite dans les volumes publiés aux éditions L’Arbre vengeur dont le dernier : L’Autofictif au petit pois.
  • Une fois par semaine, le jeudi après-midi, Le Feuilleton dans Le Monde des livres.
  • Et à volonté tous les romans parus chez Minuit.

– Article de Ekaterina Koulechova

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