Antoine Volodine, auteur invité au Bal à la Page des LivreursDans un monde dévasté par les radiations, nous suivons le voyage de soldats encore tout palpitants du rêve soviétique, quid bientôt reclus dans un kolkhoze présidé par un sorcier, quid embarquant dans un train en quête de son ultime station.

Mais Terminus radieux n’est pas un roman d’anticipation ; ce n’est pas l’inventivité folle que déploie l’auteur pour créer quantité de plantes – langues – surgies d’un autre monde qui frappe, c’est la puissance d’une prose hypnotique, à la limite du rêve.

Les mots vous pénètrent, à travers cette voix chamanique émergeant d’un amas de lettres noir et dont vous donnez corps par le souffle de votre pensée. Une parole qui vous ensorcelle et vous enchante, de répétitions en répétitions, de destins étirés sur des millénaires, dans un monde halluciné (et hallucinant) où craillent encore de vieux sorciers et des filles-femmes, où marchent dans des terres infinies des dépouilles de soldats aux souvenirs flottants, ni tout à fait vivants, ni complètement morts. Dans l’attente d’une fin, évanescents.

Difficile de traduire l’écriture de Volodine par des mots, tant elle ne s’apparente à rien de connu, tant l’entremêlement des genres en fait la singularité ; heureusement, l’auteur, pressentant peut-être que le critique risquait de lui saper son travail, s’est chargé lui-même de trouver un terme adapté pour  cet univers : le post exotisme.

Pas à pas, le lecteur se laisse emporter dans un monde bardique, où l’on progresse de cercle en cercle, où l’oubli superpose les identités des personnages ; un livre qui présente en réalité une terrible analyse sur l’échec des révolutions et sur la brutalité des hommes, animés par leurs folies.

 Vous n’avez pas spécialement envie de plonger dans une œuvre
a priori aussi ténébreuse et violente ?

 Rassurez-vous, l’auteur maitrise parfaitement l’humour du désastre, se joue de son lecteur – et de lui-même – avec une plume qui çà et là vrille les excès du féminisme, le langage de queu… du corps, nous peint des mémés millénaires déprogrammées biologiquement à mourir, les pulsions bestiales d’hommes résignés à l’errance, mais traînant jusqu’à la toute fin leurs combats illusoires.

Pour rencontrer en personne l’auteur du Prix Médicis 2014, ne manquez pas le Bal à la Page de la Saint Valentin, un évènement qui s’annonce, lui aussi, radieux.

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